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Le jeu de paume, roi des jeux

Bibliothèque nationale de France
Vue d'une partie de courte paume
Le jeu de courte paume se joue à l'intérieur, dans des salles dont la configuration se standardise progressivement à partir du 16e siècle. Le principe de base du jeu de est simple : il s’agit de se renvoyer la balle de part et d’autre d’une ligne tracée au sol, d'une corde puis d'un filet qui délimite les deux camps. Seul un rebond au sol est autorisé, mais il n'y a pas de limite de rebonds sur les murs ou les toits des galeries.
Dans cette estampe de Jean-Martial Frédou (signée de son anagramme Voderf), deux joueurs s’affrontent, tandis que les spectateurs regardent depuis la galerie. L’arbitre, ou « marqueur », se tient dans la porte et se protège à l’aide d’une raquette. L’estampe est colorisée mais, en réalité, les joueurs étaient vêtus de blanc.
Bibliothèque nationale de France
Les origines
L’Europe médiévale était le théâtre de divers jeux de balle, pratiqués aussi bien en ville qu'à la campagne, avec des règles héritées de l'Antiquité ou nouvellement inventées. Chaque région, pour ne pas dire chaque village, pouvait avoir sa propre variante opposant deux joueurs ou deux équipes se renvoyant une balle à main nue, gantée, ou à l’aide d'un battoir (palette en bois munie d’un manche). Le nom « jeu de paume » était alors un terme générique englobant ces diverses activités ludiques.
Ce n’est qu’à la Renaissance que le nom va progressivement désigner plus particulièrement certaines formes du jeu : celle qui se joue en extérieur avec un battoir et celle pratiquée en salle avec une raquette. Il est difficile, voire impossible, de dire si ces deux variantes ont été « inventées » dans un pays plutôt qu’un autre. En effet, il faut plutôt y voir une lente évolution au gré des modes, des influences culturelles et géopolitiques, ayant pour vecteurs les pérégrinations d’ambassadeurs, de marchands ou encore de militaires en campagne.

La magnifique histoire du jeu de paume
Pour cet ouvrage consacré au jeu de paume publié en 1933, son auteur, Albert de Luze, se voit décerner un prix par l’Académie française.
Bibliothèque nationale de France
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Le Jeu de paume, son histoire et sa description
Bibliothèque nationale de France
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Ces deux variétés de jeu de paume sont les héritières des jeux médiévaux qui se jouaient dans les rues ou sur les places de marché. Là, les joueurs utilisaient les auvents des échoppes pour y faire rouler la balle lors de la mise en jeu, ce qu’on appellerait aujourd’hui le « service ». Avec l’essor de l’activité urbaine qui rendait compliqué le jeu de rue, certains joueurs se sont déplacés dans la périphérie des villes, les fossés ou dans les allées bordées d’arbres des parcs et des jardins en y construisant ex nihilo un petit toit permettant le service. La « longue paume » proprement dite était née, portant ce nom par opposition à l’autre variante issue du même processus, la « courte paume », qui elle s’est enfermée entre quatre murs à l’intérieur des villes et des châteaux, en reproduisant les toits de service et les accidents architecturaux des rues d'origine.

Jeu de longue paume à Liancourt
Le jeu de longue paume se pratique dans un espace ouvert contrairement au jeu de courte paume qui se joue dans un espace clos. Sur cette gravure d’Israël Silvestre, disposé sur la balustrade, on remarque le petit toit nécessaire au « service ».
© Musée du Louvre, Dist. GrandPalaisRmn / Tony Querrec
© Musée du Louvre, Dist. GrandPalaisRmn / Tony Querrec

Le jeu royal de la paume
Cette gravure sur bois, réalisée par Pierre Brébiette pour l’ouvrage de Charles Hulpeau, représente une salle de jeu de paume en 1632.
Les jeux de paume, également appelés tripots, sont à l'époque de véritables lieux de sociabilité pour diverses catégories de population : gens de métier, étudiants, soldats, ecclésiastiques, bourgeois, aristocrates, princes ou rois jouent à la paume.
Il était si populaire que Paris possédait à elle seule 250 salles dans le dernier tiers du 16e siècle. Après le déclin du jeu, il en restait moins d’une dizaine pour la France entière dans la seconde moitié du 19e .
Bibliothèque nationale de France
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Architecture d’une salle de courte paume et règles
Si les premières salles de courte paume apparaissent probablement vers la fin du 14e siècle, leur architecture n’est pas normée. Cependant, avec le temps et la pratique, une configuration s’impose peu à peu au 16e siècle, celle du « jeu à dedans », qualifié par les Italiens de « à la française ». C’est celle qui est encore en usage aujourd’hui. Ces salles prennent, par métonymie, le nom de jeu de paume, réunissant ainsi sous un même vocable l’activité et le lieu où elle se pratique. On les appelle également tripot, de l’ancien français treper (sauter, trépigner). Ce terme ne prendra que plus tard la connotation péjorative qu’on lui connaît avec les abus dans certaines salles : prostitution, jeux de hasard interdits, paris colossaux, etc.
Lorsque les Tripots furent introduits par la France, on ne sçavoit que c’estoit de Raquette, et y joüoit-on seulement auec le plat de la main

Plan d'une salle de jeu de paume
© Comité français de courte paume / Thierry Bernard-Tambour
© Comité français de courte paume / Thierry Bernard-Tambour
Les salles rectangulaires pouvaient varier en taille, mais les dimensions d’environ trente mètres sur dix sont les plus courantes. Trois des murs sont agrémentés de galeries et de diverses cibles telles que la « grille », le « dedans » ou le « tambour ». Les premières descriptions et règles sont publiées au 16e siècle et restent presque inchangées depuis.

Ordonnance du royal et honorable jeu de la paume
C'est en 1592 que sont définies en France les règles du jeu de courte paume. Henri IV, roi à cette date, était lui-même un fervent du jeu. Dans cette ordonnance sont définies les spécificités du terrain, la manière de compter les points, mais aussi les préceptes moraux que se doivent de suivre les joueurs.
Bibliothèque nationale de France
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Le principe de base est simple. Il s’agit de se renvoyer la balle de part et d’autre d’une ligne tracée au sol ou d'une corde qui délimite les deux camps. Plus tard, pour éviter les contestations, on ajoute des franges à la corde avant qu’elle ne commence à être remplacée par un filet pendant la seconde moitié du 17e siècle. Seul un rebond au sol est autorisé, mais il n'y a pas de limite de rebonds sur les murs ou les toits des galeries. On joue exclusivement en simple ou en double dans la forme moderne, mais les parties pouvaient aller jusqu’à cinq contre cinq dans les plus grands jeux de paume de la Renaissance. Le comptage des points est basé sur le système sexagésimal. Chaque point vaut 15, soit 15, 30, 45, et 60 qui donne le jeu. Avec l’évolution orale, 45 s’est raccourci en 40. Ce système a été repris par le tennis.
La réelle complexité des règles réside dans l’héritage médiéval de la symbolique martiale du gagne terrain où un camp « assiège » l’autre en le poussant dans ses retranchements, donnant ainsi une dimension stratégique aux parties. Pour ce faire, on utilise le système des chasses, qui sont des points remis en jeu après le changement de côté et qui réduisent le terrain adverse.
Une passion française

Allégorie de la France
Sur cette estampe du 16e siècle de Raphael Sadeler représentant la France de manière allégorique sous les traits des dieux romains Mercure et Minerve, on peut apercevoir, au pied de Mercure, une raquette et des balles comme attributs du pays.
Bibliothèque nationale de France
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La courte paume se propage dans une grande partie de l’Europe occidentale au 16e siècle, mais c’est en France qu’elle atteint son apogée au point de devenir l’un des symboles des mœurs du pays.
L’engouement des Français pour la courte paume est général. Les rois comme François Ier, Henri II ou Henri IV se passionnent pour cet exercice où, comme à la joute, ils se doivent de montrer leur excellence. Les soldats, les étudiants, les ecclésiastiques, les gens de métier, etc. s’y adonnent également sans retenue au point que l’administration, l’Église et la police doivent sévir à plusieurs reprises, mais sans succès, pour ne pas nuire à l’activité économique ou pour veiller au respect du dimanche et des fêtes religieuses.
La paume et la plume
Il me tardoit desjà que je vinsse aux jeux c’est à dire à ce poinct de monstrer que nostre langage a...Lire l'extrait

Bibliothèque municipale de Rouen
Les ambassadeurs et les voyageurs étrangers de l’époque ne peuvent que constater cette passion française. Paris compte 250 salles pendant le dernier tiers du 16e siècle, faisant travailler plus de 7 000 personnes, et des villes comme Orléans, Rouen, Angers, Lyon ou Bordeaux, en abritent plusieurs dizaines.
La paume, sport national des Français
Quant à l’exercice du jeu de paume dont j’ai déjà parlé, il est plus en usage ici [en France] que dans...Lire l'extrait
Les raquettes et les balles de fabrication française sont également réputées, preuve du savoir-faire des maîtres paumiers raquetiers. Ces derniers sont à la fois artisans des instruments du jeu, tenanciers des salles, professeurs et, pour les plus talentueux, de véritables phénomènes qui attirent un public nombreux dès le début du 17e siècle. Louis XIV, qui ne peut plus jouer comme ses prédécesseurs à cause de sa santé, assiste régulièrement aux parties extraordinaires que ces professionnels donnent devant la cour et les hôtes de marque. Certains partent faire carrière à l’étranger, quand d’autres se rendent ponctuellement en Angleterre pour défier leurs homologues britanniques, prémices des compétitions modernes.
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Les femmes ne sont pas en reste. Fortes d’une tradition de mixité remontant au 15e siècle, quand Margot, venue du Hainaut, se mesurait aux hommes dans un jeu de paume parisien, des joueuses issues de dynasties de maîtres paumiers alimentent les gazettes du 18e siècle grâce à leurs talents.
En cet an [1427], ou peu devant, vint à Paris une femme nommée Margot, assez jeune, comme de 28 à 30 ans, qui était du pays de Hainaut, laquelle jouait le mieux à la paume qu'oncques homme eût vu, et avec ce jouait devant main derrière main très puissamment, très malicieusement, très habilement, comme pouvait faire un homme, et peu venait d'hommes à qui elle ne gagnât, si ce n'était les plus puissants joueurs. Et était le jeu de Paris où le mieux on jouait en la rue Garnier-Saint-Ladre, qui était nommé le Petit Temple
Aujourd’hui, cette tradition de mixité perdure dans les compétitions nationales et internationales majeures de courte paume, ce qui le distingue de la grande majorité des sports modernes où la mixité demeure rare.
Du déclin au renouveau ?
Dès la première moitié du 17e siècle, la courte paume amorce son déclin. Au contrecoup des guerres de religion du siècle précédant, s’ajoutent les épidémies, les guerres civiles et les besoins fonciers liés à l’expansion démographique des villes. En 1657, il n’y a plus que 114 salles à Paris. À la veille de la Révolution, une dizaine seulement se partagent les derniers amateurs de la capitale. Les guerres révolutionnaires, suivies par celles de l’Empire, ne permettent qu’à une seule salle de se maintenir à Paris. Il faut attendre la seconde moitié du 19e siècle pour qu’un regain d’intérêt venu d’Angleterre soit initié. Le développement du sport dans la haute société britannique et l’anglophilie des élites françaises permettent ainsi la construction de nouvelles salles dans les villes de villégiature comme Pau, Cannes, Deauville et dans le jardin des Tuileries à Paris.

Pierre Etchebaster, champion de courte paume
Bibliothèque nationale de France
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La joueuse de paume Lea Van Der Zwalmen, numéro 1 française
La Française Lea Van Der Zwalmen, numéro 2 mondiale, dispute ici son premier championnat du monde de jeu de paume à Fontainebleau en avril 2022.
© Jean Deschamps
© Jean Deschamps
Au 20e siècle, la courte paume est sport olympique à Londres en 1908. En France, elle est intégrée à la jeune fédération française de tennis et le Français Pierre Etchebaster remporte 8 titres de champion du monde. Aujourd’hui, bien que la discipline soit dominée par les Anglo-Saxons (Grande-Bretagne, États-Unis, Australie), la France possède encore trois salles actives (à Paris, Fontainebleau et Bordeaux) et plusieurs projets de restauration de salles (à Chinon et Pau, par exemple) laissent entrevoir un nouveau développement pour ce patrimoine de notre pays.
Provenance
Cet article a été rédigé en 2024.
Lien permanent
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