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Jeux de princes, jeux de vilains : une introduction en images
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Jeux et sociétés au Moyen-Âge
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La face noire du jeu
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Mille et une manières de jouer au Moyen Âge
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Le plaisir du jeu
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Jeux nouveaux, jeux renouvelés à la période moderne
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Le jeu de l'oie
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L'économie des jeux à la période moderne
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Les jeux et leurs règles à la période moderne
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Les jeux pédagogiques à la période moderne
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La société ludique
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Les jeux d'argent au temps des Lumières
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Jeux clandestins et pratiques policières sous les Lumières
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L'invention de la loterie royale
La face noire du jeu
























Depuis l'Antiquité, le jeu a été perçu négativement. Mal nécessaire pour Aristote, délit chez les Romains, il confine au diabolique pour les théologiens du Moyen Âge. Détournant l'homme de son devoir, le poussant au péché, il l'empêche de chercher vertus et grâces. La répétition des interdits dans les textes juridiques témoigne néanmoins de sa popularité. Ce n'est qu'à partir de la Renaissance que le pouvoir, conscient des profits potentiels, allège progressivement l'arsenal répressif qui touche la pratique ludique.
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Échiquier-trictrac de Léonard Limosin
Biribi, brelan, brusquembille, dés, échecs, jeu de l’oie, loterie, pharaon, quadrille, tarot, trictrac, whist… Connus ou oubliés, les jeux qui ont distrait nos ancêtres sont perçus depuis Aristote comme un nécessaire délassement mais aussi comme une occupation qui détourne les hommes de la recherche de la vertu.
© Musée du Louvre , © RMN / Daniel Arnaudet
Échiquier-trictrac de Léonard Limosin
Cette oeuvre en émail peint sur cuivre monté sur bois associe deux jeux de tables constitués chacun de 2 plaques rectangulaires et encadrés de 8 plaques décoratives en grisaille. Sur un côté, le tablier de l'échiquier se compose de 64 carrés alternativement verts et blancs, ces derniers ornés de fines ornementations dorées. Sur l'autre côté, le tablier du jeu de trictrac présente sur fond vert sombre 24 flèches alternativement blanches et vertes, séparées par des chutes de trophées en or (on y trouve aussi les cartouches qui portent la date, 1537, et le monogramme LL, de Léonard Limosin) ; dans sa partie médiane, il est décoré de 4 médaillons en losange où sont dessinées des têtes féminines ou masculines.
Remarquable par sa qualité d'exécution, cet objet raffiné n'a aucun équivalent connu dans la production émaillée : il s'agit là du seul jeu conservé en émail peint, technique qui apparaît à Limoges à la fin du 15e siècle et trouve son apogée au siècle suivant.
© Musée du Louvre, © RMN / Daniel Arnaudet
Boîte à jeux multiples
Cette boîte à jeux est exceptionnelle à plus d'un titre : son style et sa construction, ainsi que les jeux qu'elle offre, permettent de la dater des environs de 1500, ce qui en fait le plus ancien représentant connu d'un tel objet, même si le principe du coffret ouvrant comprenant trictrac à l'intérieur et échiquier à l'extérieur paraît acquis depuis le haut Moyen Âge.
La boîte, faite d'ébène et de noyer, avec incrustations d'ivoire naturel et teinté, comprend deux battants. Elle est dotée en outre de deux plateaux amovibles coulissants ornés d'un jeu sur chaque face, offrant ainsi un échiquier, un merellier (pour jouer aux « mérelles », que nous nommons aujourd'hui « jeu du moulin »), un trictrac, un jeu du renard et des poules en croix et, plus inattendu, un tourniquet (dont l'aiguille a disparu).
De façon encore plus surprenante, loin de présenter un jeu d'échecs à l'extérieur, les deux parties de la boîte ouverte constituent un tableau où alternent des inscriptions, gravées sur ivoire en lettres gothiques, et des compartiments rectangulaires qui leur sont accolés. Ces douze plaquettes portant les mots roys, roynes, valletz, mariage, glit, sequence, mornifle, pilletout, dix, le mains, ronfle et carte, disent assez qu'il s'agit d'un jeu de cartes.
Une analyse approfondie permet d'identifier l'ensemble comme un tableau de « glic », un jeu de cartes d'origine allemande typique des 15e et 16e siècles et bien connu des sources littéraires (Villon, Coquillard, Éloi d'Amerval, Pierre Gringore, Rabelais, etc.).
Présentation au roi sassanide Chosroès du jeu d'échec importé récemment d'Inde
« Deux envoyés du Roi de l'Inde présentent à Chosroès Anushirvân, souverain sassanide qui régna de 531 à 579 sur l'Iran, un jeu d'échecs qu'ils viennent de confectionner pour lui ». C'est l'épisode légendaire expliquant l'introduction des échecs, jeu indien, en Iran. Le poète, Firdawsî, décrit alors ce jeu d'ébène « aux cent cases » où deux armées « de teck et d'ivoire » s'affrontent. Il consacre plusieurs distiques à l'évocation de la marche des différentes pièces ; dans chaque camp, un roi et son conseiller, entourés de deux éléphants, de deux dromadaires, de deux chevaux et de deux chars (le mot persan est rukh), ont devant eux une ligne de fantassins.
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© Bibliothèque nationale de France
Éléphant indien
Ce très bel éléphant indien, taillé dans un volumineux bloc d'ivoire et accompagné d'un décor figuratif exubérant, a longtemps été considéré comme une pièce d'échecs. Entré dans le trésor de l'abbaye de Saint-Denis, c'est probablement lui qui a fait croire à l'origine orientale des pièces du jeu « de Charlemagne », au nombre desquelles il était encore rangé, à tort, au 17e siècle. Il semble aujourd'hui difficile de considérer cet objet comme une pièce d'échecs, même pour prendre place dans un jeu d'apparat. L'éléphant est trop gros, trop lourd et d'une typologie formelle qui n'a rien d'échiquéen. Le roi assis sur le pachyderme serait notamment incompatible avec la nature et la fonction de cette pièce s'il s'agissait d'une pièce d'échecs.
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Les éléphants
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© Bibliothèque nationale de France
Achille dans sa tente
On leur a prêté des origines mystérieuses évoquant Thot chez les Égyptiens, Palamède en Grèce, les deux étant les inventeurs supposés de l’écriture, du jeu de dés et des échecs.
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Jeux interdits
La législation romaine était très sévère à l’égard des jeux de hasard et d’argent, qu’elle regardait comme un délit, privant les joueurs du droit de se pourvoir en justice. Dès le VIe siècle, le Code Justinien interdisait tous les jeux dans les lieux publics et privés, sauf les jeux sportifs.
Sermon sur « les mœurs et les devoirs des hommes à travers le jeu des échecs »
La législation canonique se méfie des jeux comme en témoigne le passage du Décret de Gratien (12e siècle) qui interdisait aux clercs les jeux de hasard et prétendait étendre cette interdiction aux laïcs.
Hommes et femmes à la table de jeu
En 1424, un sermon de Bernardin de Sienne rappelle les méfaits du jeu, occasion de blasphèmes, associé aux péchés capitaux que sont l’avarice, l’envie ou la colère, lots communs de tous les joueurs.
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Une partie d'échecs qui tourne mal
Générateur d’envies et de convoitises, il pousse à dépouiller et à voler, donnant aux enfants un mauvais exemple.
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Invention diabolique
L’inventeur des jeux le plus souvent signalé, dès le haut Moyen Âge, c’est le diable : l’apparition du jeu daterait de la Passion du Christ, le diable venant apprendre les dés aux soldats romains au pied de la Croix .
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La Crucifixion
Il est significatif que dès le 15e siècle, dans les représentations iconographiques de la crucifixion du Christ, l’épisode classique du partage des vêtements soit de plus en plus évoqué par la mise en scène d’une partie de dés entre les soldats romains alors que le texte biblique ne parle que de « tirage au sort ».
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Le fleuve Hasard se jette dans la mer d'Imprudence
L’idée sous-jacente est que le jeu découle de la Chute : on joue pour passer le temps, alors que l’homme en l’état d’innocence n’aurait pas eu conscience de l’écoulement du temps.
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Une encyclopédie des jeux
En 1369, le roi Charles V promulgue une ordonnance interdisant les jeux de dés, de tables, le jeu de paume, les quilles, les palets, la soule, les billes et tous les jeux « qui n’ont point d’utilité pour exercer nos sujets au maniement des armes », les contrevenants s’exposant à une importante amende de quarante sous.
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Une encyclopédie des jeux
En 1283, le roi de Castille Alphonse Xle Sage ordonne la rédaction d'un ouvrage consacré aux jeux. Là n'est d'ailleurs pas sa seule initiative : dans sa sagesse, le roi a su s'entourer de nombreux lettrés et susciter une production scientifique qui couvre pratiquement tous les savoirs. Citons par exemple le traité des Siete partidas, qui compte parmi les grandes encyclopédies juridiques médiévales : certains ont voulu y voir une entreprise humaniste qui marquerait une volonté de s'affranchir de la culture ecclésiastique au moyen de la culture arabe. Les jeux, médiation entre le hasard et la sagesse, seraient la recherche consciente de modalités d'action sur le réel. Sans doute est-ce trop solliciter le traité d'Alphonse X.
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Pathologie du jeu
À l’aube du 16e siècle, le combat contre le jeu a abouti à la mise en place d’un impressionnant arsenal répressif largement contredit par les pratiques sociales. De fait, seule demeure la répression des jeux de hasard… Le pouvoir abandonne le recours aux sanctions pénales pour une fiscalité source de profits substantiels
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Banquiers indélicats sous surveillance
Les tripots clandestins, surtout ceux de la capitale, requièrent des banquiers capables de fournir les fonds des grosses parties. Particulièrement surveillés, ce sont la plupart du temps des professionnels du jeu, dont près de la moitié servent ou ont servi dans l'armée et dont les pratiques indélicates sont monnaie courante. Cette liste de banquiers, une parmi tant d'autres, fait apparaître les tailleurs « honnêtes » et ceux qui méritent de faire l'objet d'une surveillance renforcée. Soldats déserteurs, aventuriers battant le pavé parisien, ecclésiastiques en rupture de banc, acceptent de « faire aller la banque » en échange d'une gratification donnée par les tenanciers et qui peut se monter à quelques livres par soirée et compter aussi le repas et le logement. On aura compris que le terme de « banquier » de jeu recouvre des situations très diverses. Ainsi le nommé Poultet, qui taille chez la veuve Lefranc, fait fructifier les fonds du sieur Mazerolles ; même situation de dépendance pour Dumas, qui tient les fonds du même bailleur et qui taille dans trois tripots différents. Les malversations permettent au banquier d'arrondir notablement ses revenus : il peut s'entendre avec des pontes pour faire sauter la banque au détriment du bailleur de fonds ; il peut aussi truquer le matériel de jeu, de connivence avec un tricheur professionnel, et s'assurer des gains réguliers en renseignant l'inspecteur des jeux.
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Riche au matin et gueux au soir
À l’âge classique, alors que le jeu envahit les salons et submerge la cour, pièces de théâtre, opuscules et pamphlets dressent le sombre tableau du joueur qui, dans sa passion funeste et incoercible, ruine sa famille et tombe lui-même dans la dépravation et la honte.
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Scène galante d'échecs
Brave guerrier, il faut se rendre
La belle a trop d'esprit, ses yeux ont trop d'éclat
Et pour peu qu'on ait le cœur tendre
On est en deux façons bien tôt échecs et mat.
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Billet trafiqué de la Loterie royale de France
Malgré les précautions prises par les administrations des loteries, des tricheurs tentent de se faire payer des lots gagnants en se présentant chez les receveurs avec des billets falsifiés. Plusieurs méthodes sont utilisées par les faussaires : gratter un numéro sur un billet usagé (par exemple la queue d'un 9 pour faire croire à un 0), surcharger à l'encre certaines parties manuscrites, ou bien découper des numéros sur un vieux billet et les coller sur la reconnaissance présentée au buraliste. C'est en vue de toucher un terne de 955 livres et 10 sols que François Vadurelle, cuisinier sans place, a utilisé ce procédé : les numéros 51, 22 et 79 ont été découpés puis astucieusement recollés. Le faussaire a même changé le prénom de la jeune fille pauvre qui correspond à chacun des 90 numéros contenus dans la roue de la Fortune. Vadurelle, par prudence, ne s'est pas lui-même présenté chez le receveur ; il a délégué un commissionnaire qui, en toute bonne foi et avec la promesse d'une gratification, a fait valoir son billet chez Jeanne-Françoise Lavigne, receveuse rue Croix-des-Petits-Champs. Arrêté par le commis de la receveuse, Vadurelle a été condamné à 9 années de bannissement par un jugement du 10 avril 1781.
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Le Brelan de la vie humaine
À l’âge classique, alors que le jeu envahit les salons et submerge la cour, pièces de théâtre, opuscules et pamphlets dressent le sombre tableau du joueur qui, dans sa passion funeste et incoercible, ruine sa famille et tombe lui-même dans la dépravation et la honte.
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© Cliché F.Doury / Musée Français de la Carte à Jouer, Issy-les-Moulineaux
Brelan en clair-obscur
Dessinateur de génie, graveur éblouissant, maître incontesté de l'eau-forte, le Nancéien Jacques Callot (1592-1635), a laissé une oeuvre foisonnante sur les sujets les plus divers.
Cette gravure signée « Jac. Callot fe. Nanceij », un de ses rares essais de clair-obscur (avec le Bénédicte de 1626), porte un titre qui lui a sans doute été donné assez tôt, dans lequel, « brelan » désigne le lieu (un tripot, une maison de jeux de hasard) et non le jeu de cartes. Il s'agit en fait d'une représentation du Fils prodigue (qui pourrait avoir reçu, selon Lieure, le visage de Callot) « trompé par une troupe de filous », selon la légende en latin. Un tableau attribué au peintre lorrain Jean Le Clerc, contemporain de Callot, reprend cette même scène. On notera que la parabole originelle (Évangile de Luc, 15, 11-32) n'évoque aucune scène de jeu. Celle-ci a été ajoutée à partir du Moyen Âge pour pimenter les représentations théâtrales (Courtois d'Arras, début du XIIIe siècle) et animer de nombreux vitraux (13e et 14e siècles), avant de séduire graveurs et peintres aux 16e, 17e et 18e siècles, notamment Lucas de Leyde, Nicolas Régnier et Georges de La Tour.
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Le soire
Cette planche du marchand d'estampes parisien Mazot reprend la suite des « Quatre heures du jour », des scènes de genre raffinées gravées par Gabriel Lebrun (1625-1660), frère du peintre Charles Lebrun.
L'image présente en une synthèse harmonieuse mœurs de la bonne société, théâtre (masques) et musique – le son mélodieux de la guitare ne peut détourner les deux joueurs de dés de leur occupation favorite. « Ç'est prendre son plaisir de la bonne façon, ç'est uzer à propos les dés et la chandelle », lit-on dans les vers bilingues du bas de la gravure.
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