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Les cosmogonies
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Avant l’univers, le chaos
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Le Big Bang
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L’univers dans le temps
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Le monde a-t-il un créateur ?
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Le mode d’emploi de la Création
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Le premier jour
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Création ou évolution ?
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L’univers en expansion
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La Formation du système solaire
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L’aventure humaine : renouer le lien brisé ?
Le monde a-t-il un créateur ?

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Dieu le Père sépare la lumière et les ténèbres
Dans cette gravure où se reconnaît l’influence de Michel-Ange, le démiurge, assimilé à la première personne de la Trinité, Dieu le Père, sépare la lumière (associée au Soleil) et les ténèbres (associées à la Lune).
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L’identité du créateur

La Trimûrti hindoue
La trinité hindoue (Trimûrti) est l’un des traits caractéristiques de la mythologie indienne. Brahma représente l’élément créateur, Vishnu l’élément conservateur et Shiva l’élément destructeur. Ils sont ici réunis en un même corps d’une divinité à quatre bras.
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Ces divers aspects de la théologie scolastique se retrouvent dans l’art sacré qui, tout au long du Moyen Âge et jusqu’au 18e siècle, traduit telle ou telle interprétation de la Genèse à travers sculptures, mosaïques, peintures, vitraux, enluminures et gravures.

Création de la voûte céleste
Au deuxième jour du monde, le Créateur partagea les eaux d’en haut de celles d’en bas. Dieu dit : « Qu’il y ait un firmament au milieu des eaux et qu’il sépare les eaux d’avec les eaux » et il en fut ainsi. Dieu fit le firmament, qui sépara les eaux qui sont sous le firmament d’avec les eaux qui sont au-dessus du firmament, et Dieu appela le firmament Ciel. Il y eut un soir et il y eut un matin. (Genèse I, 6-8)
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Le geste et la parole
La main créatrice
Les mythes cosmogoniques servent généralement de modèle aux autres mythes d’origine, qu’il s’agisse de l’origine des dieux (mythes théogoniques), des animaux (zoogoniques), des hommes (anthropogoniques), etc.
Mircea Eliade, à qui l’on doit une typologie de ces mythes, souligne que l’un des plus répandus (Sibérie, Amérique du Nord, Polynésie, Inde…) est le « plongeon comosgonique », selon lequel le démiurge ordonne à un animal de plonger au fond de l’Océan et de lui rapporter une poignée de glaise à partir de laquelle il façonnera la Terre. Cette création nécessite généralement trois tentatives.

La Création
Exécutée en Terre sainte vers 1250-1254, cette bible est contemporaine du séjour de saint Louis à Acre ; il est d'ailleurs possible qu'elle ait été commandée par le roi lui-même. Très richement décorée, elle présente vingt miniatures, pour la plupart en pleine page, introduisant chacun des vingt livres de l'Ancien Testament, composées de plusieurs petites scènes juxtaposées, selon un parti décoratif très en faveur au 13e siècle et offrant une grande variété de disposition. Cette page enluminée à compartiments est une illustration de la Genèse. On y remarque, après les scènes de la création, Adam et Ève au paradis terrestre. Le serpent, avec une tête humaine, est enroulé autour du tronc de l'arbre de la connaissance.
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Dans de nombreuses cultures, la venue au monde de l’homme suit ce modèle : ainsi, chez les Mayas Quichés, les dieux forment d’abord une statue de terre et de boue, qui se décompose sous l’effet de l’humidité ; les mannequins de bois confectionnés ensuite, dépourvus de conscience au point d’oublier leurs créateurs, sont un nouvel échec ; le troisième essai sera le bon : les dieux ont sculpté les ancêtres de l’humanité avec de la pâte de maïs.
Le corps créateur
Une autre grande catégorie distinguée par Mircea Eliade est la création par la pensée, la parole ou l’« échauffement » d’un dieu. Elle est présente par exemple dans la plus ancienne des cosmogonies de l’Égypte antique, celle d’Héliopolis, dès 2700 avant notre ère, qui s’organise autour du culte du Soleil sous sa triple forme : Rê (Soleil de midi), Atoum (Soleil couchant) et Khêpri (Soleil du matin). Venu à l’existence sans aide extérieure, ce dieu triple est à l’origine du premier couple divin, Shou (air et lumière) et Tefnout (humidité), dont sont issus Geb (la Terre) et Nout (le Ciel), lesquels engendrent à leur tour les autres dieux. Les Textes des pyramides mentionnent deux versions de cette création, la première par expectoration : « Atoum-Khêpri, […] tu as jeté un crachat qui est Shou, tu as lancé un jet de salive qui est Tefnout », la seconde par masturbation : « Atoum […] saisit son membre dans son poing : les jumeaux furent mis au monde, Shou avec Tefnout ».

Atoum
« ATMOU, OTMOU, TMOU (Héron)
[…] les monuments égyptiens font connaître une foule de personnages mythologiques et présentent une nombreuse série de noms divins dont on chercherait vainement la trace dans les écrivains classiques : cette observation s’applique très-particulièrement au dieu représenté sur les planches 26, 26a, 26b et 26c de ce recueil.
Que ce personnage ait occupé un rang distingué dans le Panthéon de l’ancienne Égypte, et qu’il ait appartenu à l’une des plus hautes classes de divinités, ce sont là des faits mis hors de toute discussion par la fréquence des images de ce dieu sur les monuments des divers ordres, et par celle des invocations qui lui sont adressées dans le Rituel des morts ou livre de la manifestations de la lumière, ainsi que dans les tableaux et les stèles d’adoration.
Le nom de ce dieu a été diversement orthographié dans les manuscrits hiéroglyphiques et hiératiques, comme dan les inscriptions gravées sur les temples et les monuments funéraires. On a recueilli toutes ses variations […] ».
Père des dieux, créateur de l’univers, Atoum s’est extrait par lui-même du chaos initial et a généré le premier couple divin en crachant ou en se masturbant.
Confronté à cette figure à l’origine très ancienne, qui, comme souvent, n’apparaît pas dans les textes gréco-romains, Champollion l’identifie par un travail minutieux de recensement et de comparaison des noms, à la fois en écriture hiéroglyphique et hiératique, comme le montrent les quatre inscriptions au haut de cette page.
Son étude attentive lui permet de comprendre des concepts que l’égyptologie confirmera bien plus tard. Ainsi associe-t-il Atoum à Rê, car ils représentent « les deux points extrêmes de la course apparente du soleil, de l’Orient à l’Occident ».
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Création ex nihilo par le souffle
Le philosophe et théologien français Charles de Bouelles (1470-v. 1553) publia à l’âge de vingt ans le premier manuel de géométrie édité en France. Dans ses opuscules scientifiques et moraux, il exposa une philosophie illuministe qui, par son caractère métaphysique et mystique, se rattachait aux doctrines de Nicolas de Cuse et des néoplatoniciens florentins.
Dans cette gravure tirée du Liber de nichilo (Livre du vide), Dieu est représenté dans l’acte de création d’un univers temporellement fini à partir du vide (« Deus de nichilo creans universa »). Au-dessus de l’abîme inférieur du chaos, Dieu façonne la sphère associée au Soleil et à la Lune, astres destinés à marquer le passage du temps. Il insuffle son énergie à travers un long tube, nourrissant une multitude de créatures terrestres, aquatiques, aériennes, ignées qui correspondent aux quatre éléments.
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Cette idée selon laquelle le monde dérive directement d’une émanation corporelle du Créateur présente de nombreuses variantes, dans les mythologies des Indiens d’Amérique du Nord comme dans les traditions védiques et brahmaniques.
L’esprit créateur
Mais, plus souvent, c’est par son « souffle vital », sa pensée ou son verbe que le Créateur opère. Chez les Indiens Omaha, par exemple, le dieu Wakonda donna existence à l’Univers en matérialisant toutes les choses qui jusqu’alors étaient dans son esprit. Selon les Uitoto de Colombie, le monde n’était qu’une illusion jusqu’à ce que le Créateur réussisse, en rêvant, à lui donner une réalité tangible.
La parole créatrice

Ptah
« PHTHA ou PTHA (Phtha, Hephaistus, Vulcain.)
Ce personnage occupait la troisième place dans la nombreuse série des divinités de l’Égypte ; les Grecs, en l’assimilant à leur Héphaistos, le Vulcain des Romains, ont singulièrement rabaissé et son rang, et son importance ; ils ont réduit les hautes fonctions de ce grand être cosmogonique à celles d’un simple ouvrier.
Telle ne fut point l’opinion des Égyptiens sur leur Phtha ; selon leurs mythes sacrés, la puissance démiurgique, l’esprit de l’Univers, Cnèph ou Cnouphis, avait produit un œuf de sa bouche, et il en était sorti un dieu qui portait le nom de Phtha. Cet œuf était la matière dont se compose le monde visible ; il contenait l’agent, l’ouvrier qui devait en coordonner et en régulariser les diverses parties ; et Phtha est l’esprit créateur actif, l’intelligence divine qui, dès l’origine des choses, entra en action pour accomplir l’Univers, en toute vérité et avec un art suprême. »
Dépendant des sources antiques grecques et latines, Champollion en mesure progressivement les erreurs. Il les nuances en utilisant des textes mineurs, comme, ici, les Mystères d’Égypte de Jamblique. Rédigé par un auteur néoplatonicien du 3e siècle de notre ère, l’ouvrage, connu depuis la Renaissance, lui fournit la matière au récit de la naissance de Ptah.
Le dieu créateur, célébré à Memphis, est ici parfaitement identifié et représenté : peau verte, barbe droite et sceptre ouas en main, il est enveloppé dans un suaire, devant un pilier djed et dans un cadre architectural.
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De même, dans l’Inde védique, Brahma sépara l’œuf originel par la puissance d’un seul mot : « Le Dieu primordial se transforma en un œuf d’or, brillant comme le soleil et dans lequel Lui-même, Brahma, le père de tous les mondes, naquit. Il demeura une année entière dans cet œuf, puis il le sépara en deux parties, par la puissance d’un seul mot. Des deux coques il forma le ciel et la terre, et au milieu il mit l’air, et les huit directions du monde, et la demeure éternelle de l’eau. »
Les paroles fondatrices prononcées par Io, le dieu suprême polynésien : « Que les Eaux se séparent, que les Cieux se forment, que la Terre soit ! » ne sont quant à elles pas sans rappeler la puissance créatrice du Verbe de la tradition chrétienne.
Le nombre et la figure
L’harmonie grecque
Le Timée de Platon décrit, comme chez Hésiode, la création du cosmos sous forme d’une mise en ordre harmonieuse d’un état initialement indifférencié, mais avec une notion supplémentaire, à savoir que le processus de création doit être guidé par les principes supérieurs de la géométrie : « Lorsque le Tout eut commencé de s’ordonner, tout au début, le feu, l’eau, la terre et l’air avaient bien quelque trace de leur forme propre, mais pour l’ensemble, ils demeuraient évidemment dans l’état où il est naturel que soit toute chose d’où le Dieu est absent. Et c’est alors que tous ces genres ainsi constitués ont reçu de lui leurs figures, par l’action des Idées et des Nombres. Car, autant qu’il se pouvait, de ces genres qui n’étaient point ainsi disposés, le Dieu a fait un ensemble, le plus beau et le meilleur. Prenons donc partout et toujours cette proposition-là pour base. »

Dieu crée et compasse l’univers
Dans le Timée, Platon décrit la création du cosmos sous forme d’une mise en ordre harmonieuse d’un état initialement indifférencié avec l’idée que le processus de création doit être guidé par les principes supérieurs de la géométrie. Cette thèse s’illustre au Moyen Âge par un Dieu géomètre, muni d’un compas, qui ordonne la création : « Dieu a créé toutes choses selon le Nombre, le Poids, la Mesure » dit le Livre de la sagesse de Salomon (XI, 21).
La Cité de Dieu de Saint Augustin fait autorité pour l’enseignement occidental chrétien durant tout le Moyen Âge. Ici, sur fond rouge et or, deux scènes résument la Création : d’un côté l’Artisan divin « compasse » l’univers pour mesurer le monde ; de l’autre, il fait surgir Ève de la côte d’Adam endormi et crée les animaux.
Les couleurs de cette scène didactique, en particulier la grisaille des personnages, et l’insertion des feuillages, tiennent plus de la “mode” qui prévaut alors dans les ateliers d’enluminure que d’une démarche symbolique.
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Dieu mathématicien

Les systèmes du monde en balance
Le jésuite et astronome italien Riccioli défend la thèse des théologiens contre celle de Copernic et Galilée dont il publie le texte de l’abjuration. Le frontispice de son ouvrage, gravé par Francesco Curti, est une complexe allégorie du savoir astronomique de l’époque. Astrée, déesse de la justice, sous les yeux d’Argus, pèse deux systèmes du monde, celui de Riccioli l’emportant bien entendu sur celui de Copernic.
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Si la Création du monde s’effectue selon les principes supérieurs des nombres ou de la géométrie, Dieu peut même être représenté muni d’un compas. L’image, assez fréquente dans l’iconographie médiévale, se retrouve dans le poème biblique de John Milton, Le Paradis perdu (1667). Le poète anglais offre de sublimes aperçus sur la matière première qui se façonne en créations, et développe l’idée de la double action de la main prolongée d’un compas et du verbe.
Alors il arrête les roues ardentes, et prend dans sa main
Le compas d’or, préparé dans l’éternel
Trésor de Dieu, pour tracer la circonférence
De cet univers et de toutes les choses créées.
Une pointe de ce compas il appuie au centre, et tourne
L’autre dans la vaste et obscure profondeur,
Et il dit : “Jusque-là étends-toi, jusque-là vont tes limites ;
Que ceci soit ton exacte circonférence, ô monde !”
Ainsi Dieu créa le ciel, ainsi il créa la terre ; matière informe et vide.
Des modèles sans démiurge
À mesure que la science s’est construite, la notion de création du monde sur le mode mathématique s’est précisée. Si Thomas Wright, en 1750, associe encore un agent divin de la création au centre de chaque galaxie, les modèles cosmogoniques du 18e siècle font l’économie d’un créateur. Laplace, l’auteur du traité sur la Mécanique céleste (1798-1825), put ainsi répondre à Napoléon qui l’interrogeait sur le rôle de Dieu : « Sire, je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse ». Il n’en reste pas moins que l’idée platonicienne subsiste toujours, en vertu de laquelle la création, ou du moins la structuration progressive de l’Univers, peut se décrire selon une approche mathématique.
Provenance
Cet article a été publié à l’occasion des expositions « Figures du ciel » et « Couleurs de la Terre » présentées à la Bibliothèque nationale de France en 1998 et 1999.
Lien permanent
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