La porte murée

« Tout à coup on s’avança doucement, lentement, et à pas comptés, à travers la salle ; on soupirait, on gémissait, et dans ces soupirs, dans ces gémissemens, se trouvait l’expression d’une douleur profonde. — Mais j’étais en garde contre moi-même. C’était sans doute quelque bête malade, laissée dans l’étage inférieur, et dont un effet d’acoustique me renvoyait la voix. — Je me rassurai ainsi, mais on se mit à gratter, et des soupirs plus distincts, plus profonds, exhalés comme dans les angoisses de la mort, se firent entendre du côté de la porte murée. — La pauvre bete était enfermée, j’allais frapper du pied, l’appeler, et sans doute elle allait garder le silence ou se faire entendre d’une façon plus distincte. — Je pensais ainsi, mais mon sang se figea dans mes veines, je restai pâle et tremblant sur mon siège, ne pouvant me lever, encore moins appeler à mon aide. Le sinistre grattement avait cessé, les pas s’étaient de nouveau fait entendre ; tout à coup la vie se réveilla en moi, je me levai et j’avançai deux pas. La lune jeta subitement une vive clarté, et me montra un homme pâle et grave, presque horrible à voir, et sa voix, qui semblait sortir du fond de la mer avec le bruit des vagues, fit entendre ces mots : — N’avance pas, n’avance pas, ou tu tombes dans l’enfer ! » (Hoffmann, « Le Majorat », Contes fantastiques, Traduction par François-Adolphe Loève-Veimars, Eugène Renduel, 1832)
Mots-clés
Bibliothèque nationale de France
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Date
1845
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Lieu
Paris
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Auteur(es)
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann (1776-1822), auteur ; Gavarni (1804-1866), illustrateur
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Provenance
BnF, Réserve des livres rares, RES-Y2-3144
E.T.A. Hoffman, Contes fantastiques, Paris : Lavigne, 1843, p. 374 (face).
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Lien permanent
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