Quand le mythe inspire la science…

Bibliothèque nationale de France
Culte astronomique chez les Aztèques
Ce document sur la théogonie et l’astronomie des Mexicas, ou Aztèques montre, au centre, un grand disque entouré de cinquante-deux points rouges indiquant le cycle mexicain de cinquante-deux ans. Au centre du disque sont représentées deux divinités richement parées ; debout sur une estrade sous laquelle un cône renversé indique un cataclysme, elles regardent un triple disque rouge, jaune et blanc symbolisant un phénomène astronomique, probablement une éclipse de Soleil.
Il s'agit ici de la copie faite au 18e siècle d'un codex mexicain sur peau de cerf daté du 16e siècle et conservé à la Bibliothèque nationle de France sous la cote Mexicain 20.
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Ni concordance, ni opposition
Présents dans toutes les cultures, les mythes cosmogoniques constituent des symboles primitifs et universels appartenant à l’inconscient collectif. Cela explique peut-être les vagues analogies qu’il est toujours possible de relever entre tel ou tel mythe fondateur et les descriptions scientifiques contemporaines de l’origine de l’Univers.

Création du ciel
Même si l’Écriture ne le dit pas explicitement, Dieu créa dès l’origine les eaux avec le ciel et la Terre. Ainsi l’eau est-elle présente au monde dès les commencements, mais sous une forme singulière. Elle est le « grand abîme » entendu au sens premier, c’est-à-dire « la profondeur impénétrable des eaux » recouvrant la Terre avant que chacun des éléments ait trouvé sa place. Cette eau ténébreuse, puisqu’il n’existait pas encore de lumière pour l’illuminer, s’étendait depuis la surface de la Terre jusqu’au ciel.
Cet épais manuscrit combine de façon inhabituelle la forme du missel et celle du livre d’heures. Les six jours de la Création sont représentés de façon successive et distincte, selon le mode de la temporalité.
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Création de la végétation
Le troisième jour, l’Éternel rassembla les eaux d’en bas afin que la terre ferme apparaisse. Dieu dit : « Que les eaux qui sont au-dessous du ciel s’amassent en un seul endroit et que la partie sèche apparaisse. » Et il en fut ainsi. Dieu appela Terre la partie sèche et il appela Mers la masse des eaux. Et Dieu vit que cela était bon. (Genèse I, 9-10)
Cet épais manuscrit combine de façon inhabituelle la forme du missel et celle du livre d’heures. Les six jours de la Création sont représentés de façon successive et distincte, selon le mode de la temporalité.
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Rien de mystérieux ni de surprenant, donc, dans ces correspondances, sinon la permanence de certaines prescriptions imposées à la pensée dans l’élaboration de modèles du monde. Mais en réalité, il n’y a ni concordance ni opposition entre les cosmogonies scientifiques et les cosmogonies mythiques : toutes deux ne remplissent pas la même fonction et ne sont pas soumises aux mêmes contraintes. Le but du mythe n’est pas de dire ce qui s’est réellement passé au début, mais de fonder une organisation sociale ou religieuse, voire une morale. Il offre aussi plusieurs degrés d’interprétation. La science, de son côté, prétend découvrir une vérité matérielle, au moyen de théories appuyées par des observations. Construite le plus souvent contre les mythes traditionnels, elle leur a substitué de nouveaux récits des origines : le Big Bang, la théorie de l’évolution, la préhistoire de l’humanité.
L’inspiration par le mythe

Dhâranî tibétaine imprimée en rouge
Ce texte imprimé en tibétain, trouvé dans la grotte murée de Dunhuang, fut probablement imprimé dans cette ville durant la période d’occupation tibétaine entre 787 et 848. Le cercle central non imprimé a été rempli par une inscription manuscrite en chinois dont le titre restitué en tibétain est « Mi skye bahi mdahî » et « Anutpada isu dhâranî » en sanscrit. Autour de ce cercle sont imprimés des pétales puis un texte disposé en dix cercles concentriques. L’impression produite à l’encre rouge, a été obtenue à partir d’un bois de très grande dimension sur deux feuilles de papier très fin préalablement collées.
L’emploi de pigments rouges remonte au tout début de l’écriture chinoise. En effet, des signes découverts sur des poteries néolithiques sont de cette couleur. Lors de leur mise au jour en septembre 1991, à Yinxu dans la province du Henan, il a été possible d’observer que les incisions d’inscriptions oraculaires gravées sur os conservaient un enduit fait d’un pigment rouge encore brillant. Les sceaux, d’abord imprimés sur de l’argile, furent au 5e et 6e siècles appliqués à l’encre rouge, les caractères gravés en creux apparaissant en blanc sur un fond vermillon. Très probablement, les prêtres taoïstes employaient aussi pour apposer leurs sceaux à usage magique, une encre fabriquée à partir d’une mixture de vermillon et de plomb. Les bouddhistes en firent aussi usage pour les impressions de rouleaux « aux mille bouddhas »
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La théorie de la création continue : des Aztèques à l’astrophysique
Le cas de la théorie de la création continue, qui connut une certaine faveur dans les années 1950, est encore plus frappant. À l’époque, le modèle du Big Bang était encore mal étayé par les observations et cristallisait les réticences métaphysiques de nombreux astrophysiciens. Pour compenser l’expansion de l’espace observée et la dilution de la matière qui en résulte, les partisans de l’Univers stationnaire, qui se référaient à Aristote, durent faire appel à un processus de création continue de matière, au rythme d’un atome d’hydrogène par mètre cube d’espace tous les cinq milliards d’années. L’astrophysicien britannique Fred Hoyle montra en 1948 que ce modèle pouvait se réaliser à condition d’introduire dans les équations un « champ de création » inventé pour l’occasion et conçu comme un réservoir d’énergie négative se manifestant tout au long de l’histoire (perpétuelle) cosmique.

« Ô vision terrible et sublime ! »
Louis Barthou, président des Amis du Livre contemporain, passe commande à Émile Bernard d’un ouvrage de 50 eaux-fortes originales illustrant La Fin de Satan de Victor Hugo. L’ouvrage paraît en 1935, à l’occasion du cinquantenaire de la mort de l’auteur.
Le dessin illustre le chapitre « L’Ange liberté » (Hors de la terre III), strophe VI :
« L’ange sans dire un mot regarda le fantôme
Fixement, et gonfla sa lèvre avec dédain.
L’étoile qu’elle avait au front se mit soudain
À grandir, emplissant d’aurore l’ombre obscure.
Ô vision terrible et sublime ! à mesure
Que l’astre grandissait, la larve décroissait ;
L’ardent grossissement de l’étoile poussait
Lilith-Isis vers l’ombre, et mêlait à la fange
Le fantôme rongé par la clarté de l’ange ;
Les rayons dévoraient l’affreux linceul flottant ;
L’étoile aux feux divins, plus large à chaque instant,
Météore d’abord, puis comète et fournaise,
Fondait le monstre ainsi qu’un glaçon dans la braise.
Quand l’astre fut soleil, le spectre n’était plus. »
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Cette idée de création continue se trouvait déjà dans plusieurs traditions : chez les Aztèques, pour qui des sacrifices humains étaient nécessaires afin de régénérer en permanence le cosmos, chez Héraclite et les stoïciens en Occident. Les auteurs de la théorie de la création continue se rattachaient clairement à ce courant de pensée, mais ils durent « forcer » leur modèle scientifique pour l’accorder à leur point de vue philosophique, en introduisant des processus physiques non justifiés. La découverte du rayonnement de fond cosmologique, en 1965, infirma leurs hypothèses au profit des modèles de Big Bang proposés par Lemaître.

De divinis numeris
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